Le pique-nique avait tourné au pugilat en juillet 2006 dans une ambiance alcoolisée. Devant la cour d'assises, les deux accusés reconnaissent les violences mais donnent une version très différente.
Un des accusés, Marc Moulin, 47 ans, a pleuré, hier soir, devant la cour d'assises. Il a tout pris sur lui. Le meurtre de Ludovic Faure, un marginal de 26 ans, le suicide d'un témoin de la scène du crime et les trajectoires brisées de ses trois autres coaccusés. « J'ai tué un homme, c'est abominable », s'est-il lamenté en coupant l'herbe sous le pied à l'avocat de la partie civile. Mickaël Charpentier, 34 ans, comparaît aussi pour le meurtre. Une femme et un autre homme pour non-dénonciation de crime.
En juillet 2006, vers 20 h 30, Mickaël Charpentier convie six personnes à un pique-nique aux étangs d'Apigné. L'ancien militaire, craint dans son entourage pour la dureté de ses poings, veut fêter son anniversaire. La journée, il l'a passée à boire devant une supérette dans le quartier Sarah-Bernard. Il a rencontré deux jeunes hommes, dont Ludovic Faure, et une femme. Tous sont ivres. Ils partent donc passer une nuit de beuverie au bord de l'eau.
« Je vais le finir »
Une heure après leur arrivée aux étangs d'Apigné, la seule femme présente gifle Mickaël Charpentier, qui lui met un oeil au beurre noir. Elle va se coucher sous une tente. « Ludovic Faure m'a frappé parce que j'avais donné un coup de poing à la blonde, explique Charpentier. J'ai riposté et j'ai pris le dessus. » La soirée entre amis vire à la scène de violence.
La bagarre cesse. Elle reprend quelques instants plus tard. « Il m'a jeté une canette en plein visage, poursuit Mickaël Charpentier. Je l'ai frappé à nouveau. » L'ancien militaire, formé aux techniques de combat, entraîne sa victime dans l'eau. Coups de poing et de pied dans la figure et dans le corps.
À ce moment intervient Marc Moulin. Il rejoint les deux autres dans l'eau en disant : « Je vais le finir. » Marc Moulin frappe Ludovic Faure qui est déjà groggy. Il le saisit à la gorge et plonge sa tête sous l'eau. « Il a pris une minute pour mourir », précise l'accusé en réponse à une question de la partie civile.
Précision diabolique
« Quand il est remonté de l'eau, il semblait fier de lui », témoigne un homme, présent sur les lieux. Marc Moulin ne nie pas. Son système de défense est simple : il était tellement sous l'effet des stupéfiants et de l'alcool, explique-t-il, qu'il ne se souvient de rien. Et il prétend avoir eu des hallucinations : « Je n'ai rien vu de la bagarre avec Mickaël. J'ai cru que Ludovic voulait agresser sexuellement la blonde sous la tente. »
Il est le seul à donner cette version mais convient aisément qu'elle ne correspond pas à la vérité. « J'étais défoncé... » Ce qui ne l'empêche pas de décrire avec une précision diabolique le meurtre de Ludovic, les tentatives de griffures et la faible résistance d'un homme qui se sent mourir.
Mais le jeune homme n'est pas mort par noyade. Le médecin légiste est formel. Et c'est bien là le problème de Mickaël Charpentier, qui a frappé comme un sourd. Les lésions provoquées par la pluie de coups, assénés d'abord par Charpentier, puis par Moulin, auraient provoqué le décès. Le praticien sera aujourd'hui devant la cour d'assises